Voici le récit de Cécile :

Je suis née en  avril 1957 à Liège (Belgique) de parents réfugiés politiques à la suite de la révolution hongroise. Mon enfance a été très heureuse et jusqu’à l’âge de 20 ans j’étais plutôt finette, puisque je mesurais 1,72 et pesait environ 60 kilos.

A 21 ans, lorsque je me suis mariée, je pesais 65 kilos. Puis, pendant ma première grossesse, j’ai pris  35 kilos. En 1978, durant les premiers mois, des examens médicaux avaient décelé une hernie hiatale. Elle a été diagnostiquée comme  bénigne et donc rien n’a été entrepris. Ma fille Véronique est née en bonne santé, une belle petite qui pesait 3 kilos 950.

Quant à moi je conservais quelques kilos de plus après sa naissance !

Quelque temps plus tard, l’un de mes rêves allait se concrétiser. A l’époque je travaillais dans un service de comptabilité et j’ai eu l’opportunité de postuler à la police. Ma candidature a été retenue. En janvier 1981 j’ai reçu l’invitation à intégrer les cours de la Police dès le 1er mars.  A ce moment là, je pesais 90 kilos. Durant ma formation, tous les après midi étaient consacrés au sport. Je suis descendue rapidement à 75 kilos.

Toutefois lorsque j’ai pris mon service à la Police, les horaires n’étaient pas réguliers et je ne pouvais plus vraiment manger à des heures fixes. Je commence alors à avoir des problèmes de santé et je reprends du poids. Très rapidement je remonte à 90 kilos. Alors je décide de faire des régimes, toutes sortes de régime : Weight Watchers, Scarsdale, régime dissocié, etc. Je consulte diététicien, nutritionniste. J’avale des comprimés coupe-faim, des pilules soit disant miracles, etc. A chaque régime il est vrai que je perdais de nombreux kilos mais dès que je cessais le régime les kilos revenaient au galop et j’en reprenais même plus que j’en avais perdus. C'est ainsi que de fil en aiguille, en 1990 mon poids a passé la barre des 100 kg pour atteindre 105 kilos.

En 1992, à la suite d’une lourde chute, j’ai ressenti une vive douleur au crâne. Je saignais  de l’oreille gauche et je vomissais. Une fracture du crâne a été diagnostiquée. Après divers examens, dont un scanner, le verdict est tombé : fracture du rocher gauche avec hémorragie interne.  Il fallait intervenir rapidement car dans le cas contraire je risquais de rester paralysée à vie.   Coquette, j’ai  accepté l'intervention à condition que le chirurgien me promette de ne pas raser mon crâne.  Je lui ai dit que le temps de la guerre était loin et que je ne voulais pas être rasée comme les femmes adultères à cette époque.  Je voulais aussi conserver une certaine dignité en gardant mes cheveux mi-longs. 

Je suis restée hospitalisée quinze jours et l’on m’a demandé d'arrêter immédiatement tout régime.  Il fallait récupérer de l'intervention qui s'était par ailleurs très bien déroulée mais que des séquelles pouvaient tout de même apparaître dans les prochaines semaines. Les séquelles ne se sont pas fait attendre. J'ai perdu le goût, l'odorat. J'avais des pertes d'équilibre, de mémoire, des troubles de la parole et de très fortes migraines.  Mon organisme a réagi à cette intervention : je n'avais plus de règles.  Mes kilos revenaient au galop.

J'ai du réapprendre à cuisiner, à m'organiser pour tout.  Comme ma mémoire me jouait des tours, je devais prendre des notes.  Mon poids est alors remonté jusqu’à 110 kilos.  Et ce n'est pas tout : comble de malheur, ma glande thyroïde a également commencé à déconner. L'ablation de la glande thyroïde s'imposait et le chirurgien pensait qu'après cette intervention, mes problèmes de poids allaient se régulariser et que j'allais perdre les kilos excédentaires.

Et bien, il s'est planté ! Au lieu de perdre du poids, j'ai continué l'ascension jusqu'à peser 115 kilos en novembre 1999.

J’avais mal partout. Mes genoux me faisaient atrocement souffrir. Après des examens radiologiques, on a trouvé de l'arthrose. A chaque fois que je passais des examens médicaux, le verdict était : "Il faut maigrir ma petite dame, c'est fortement conseillé pour vos jambes et votre corps". 

A l’occasion d’une journée passée avec des amis, ces derniers ont réalisé des photos souvenirs.  En regardant ces photos j’ai eu un choc. Quelle horreur !  C'est qui ce tonneau sur la photo ?  Ce n'est pas possible ! Je ne ressemble pas à ça ?  J'ai été dégoûtée de l'image que je reflétais.  Je ressemblais à un bonhomme Michelin.

Peu après j’ai  ressenti de vives douleurs au dos, j'étais à la limite du blocage lombaire.  Mon médecin traitant m'a convaincue qu'il fallait envisager de faire quelque chose et ce, le plus rapidement possible.

Il avait raison car  je ne pouvais plus bouger, marcher, dormir et je me sentais diminuée.  Lorsque je faisais mon ménage, je devais m'arrêter sans cesse car j'étais essoufflée et en nage.  Monter les étages était devenu un enfer.  Dès que j'avais grimpé un étage, il me fallait une demi-heure pour récupérer. Je ne pouvais plus faire de ballades en famille tellement je me fatiguais.  Il fallait que je me rende  à l'évidence; mon état physique mettait ma vie en danger.

Au mois de décembre 1999, en pleine crise de douleurs, j'ai enfin envisagé la possibilité de me faire poser un anneau gastrique.  J'en ai discuté avec mon mari, qui m'a dit que si cela était une solution à mes problèmes de santé, il n'y voyait pas d'inconvénient.  Cela faisait des mois qu'il me disait que nous devions trouver une solution pour que je mette toutes les chances de survie de mon côté et que j'étais encore jeune pour être handicapée à  tel point.

A la suite de mon rendez-vous avec un professeur en médecine, tous les examens ont été réalisés assez rapidement et je pouvais ainsi prévoir la date de mon intervention.  Le médecin m'a bien expliqué les différentes méthodes; soit le by pass (qui est une intervention lourde de raccourcissement de l’intestin) et qu'il n'estimait pas nécessaire dans mon cas; soit la pose d’un l'anneau gastrique.  Il m'a également expliqué qu'il était souhaitable d'enlever la vésicule biliaire dans ce type d'opération.  Il a motivé cette intervention par le fait qu'en perdant rapidement beaucoup de kilos, la graisse se transformait en général en cratons, qui se déposaient ensuite dans la vésicule pour y former des pierres.

C'est en connaissance de cause, que j'ai opté pour la deuxième solution (pose de l'anneau et ablation de la vésicule), même si elle était plus onéreuse. 

Je suis entrée en clinique un lundi après-midi avec mes 120 kilos (voir photo) pour réaliser la pose de l'anneau gastrique le lendemain. Tout s'est très bien déroulé et j 'ai pu réintégrer mon domicile le samedi en fin d'après-midi. Durant l'hospitalisation, j'ai reçu les consignes à suivre pour l'alimentation, le suivi médical, la possibilité de faire du sport adapté après environ 6 semaines etc.

La fonte de ma masse graisseuse était visible ainsi que la descente en flèche de mes kilos.   Malgré tous ces exercices, il n'y a pas eu de miracle, ma peau restait marquée par les années de galère et d'obèsité.  Les peaux commençaient à se flétrir de plus en plus et pendouillaient, surtout au niveau des bras et plus légèrement au niveau des cuisses.  Là où les séquelles étaient catastrophiques c'était au niveau de l'abdomen. La  peau s'était tellement détendue, qu'à la suite de la perte de ces kilos, mon ventre ressemblait à un ballon qui, au départ gonflé à l'hélium, s'était lentement vidé jusqu’à être  flétri et ratatiné. 

Ma fille s'est mariée en octobre 2001 et j'avais atteint le poids de 79 kilos, soit une perte de 41 kilos en l'espace de 18 mois.  Je suis  passée d'une taille 54-56 à une taille 44 et d'une pointure 40 à 38,5-39.  Eh! Oui, même les pieds fondent  aussi.

Début 2004, j’ai à nouveau eu des douleurs aux épaules et aux cervicales.  Mon médecin traitant me suggère alors une réduction mammaire. Il pense que mes douleurs sont provoquées par le poids de ma poitrine. L'opération en elle même se déroule pour le mieux sauf que malgré mes avertissements, on a posé des pansements avec des solvants et colles auxquelles je fais des allergies.  Après deux jours, j’ai des brûlures sur toutes les parties recouvertes.  Il m'a fallu plus de deux mois pour venir à bout des plaies occasionnées par les pansements. Enfin, ce ne fut qu’un mauvais passage.  Je passe d'un bonnet 95 E à un 90 B.  Je ne prends que quinze jours de convalescence et puis je recommence à travailler.

Au  plan alimentaire, je constate pas mal de changements dans mes goûts.  J'étais une grosse mangeuse de viande et charcuterie; je n'arrivais presque plus à en manger.  Mon estomac les refusait, il se bloquait et ne laissait plus rien passer.  Se sont ajoutés par la suite comme aliments non tolérés : les pâtes, le riz, le pain et les fruits.  Un légume que mon mini estomac n'a jamais plus accepté, c'est la tomate sous toutes ses formes.  Pour ne plus perdre de poids, je mangeais en compensation des pâtisseries, des bonbons, de la glace, du chocolat par bâtons entiers et ce à longueur de journée.  Ce sont pour ainsi dire les seuls aliments que je pouvais encore avaler et tolérer.  Le pire, c'est que je me cachais quand je mangeais ces saloperies, pour ne pas culpabiliser et devoir entendre les reproches de ma famille.

Après les blocages occasionnés par ces abus alimentaires, j'ai connu la période  des affreuses brûlures oesophagiennes.  J'ai dû demander à mes médecins des médicaments  pour soigner mes troubles digestifs (œsophagite aiguë stade 2, avec parfois des ulcères).  A certains moments, ces médicaments ne suffisaient plus et on me prescrivait des comprimés qui relaxaient mon estomac.

En mai 2005, j'ai connu ma première période de vomissements à répétition accompagnés parfois de saignements.  Elle a duré 8 jours durant lesquels je ne pouvais plus rien avaler.  Même l'eau provoquait des crampes et des douleurs abdominales. J'ai contacté le professeur qui m’avait opérée. Il m’a préconisé de rentrer rapidement au CHU en me présentant au service des Urgences. Tous les examens d'usage ont été réalisés.  Le bilan : œsophagite aiguë (inflammation de l’œsophage) aggravée d’une irritation du tube digestif (provoquée par les vomissements répétitifs).  On a modifié mon traitement médical et tout est rentré dans l'ordre pendant quelques mois.

Fin 2005, de nouvelles crises similaires se sont manifestées. A la suite de radiographies et  d’échographies pour s'assurer qu'il n'y avait pas de modifications au niveau de l'anneau et du boîtier (glissement, retournement, hernie, etc…). Tout était normal et on m'a à nouveau prescrit des comprimés pour calmer mon estomac.

Depuis cette période, j'ai connu des semaines sans problèmes et d’autres où je n'arrêtais pas de vomir.  Cela devenait infernal et mon mari le supportait de moins en moins.  Il disait qu'à cette cadence, j'allais faire exploser mon appareillage et que je risquais de provoquer de graves lésions au niveau de l'estomac.  Les brûlures se manifestaient toute la journée et même la nuit.  Je dormais quelques heures en position semi-assise dans mon lit et j'avais continuellement des reflux gastriques.  La moindre nourriture ingurgitée se promenait de l'estomac à la gorge en un va et vient incessant.

A la suite de nouveaux examens on a enfin découvert que mon boîtier avait bougé.  L'anneau était presque à la verticale. Cela expliquait le blocage de la nourriture.  Le boîtier avait également basculé.  Le clapet de mon œsophage ne fonctionnait plus correctement, il restait en position ouverte.  C'était ce phénomène qui expliquait les reflux importants et les brûlures perpétuelles.  Dans l'état des choses, je n'avais pas d'autre choix que de faire enlever le tout.  Le médecin ne voulait pas prendre le risque de le replacer, car il n'était pas certain du résultat.  Il m'a dit que dans l'état où je me trouvais, je risquais une péritonite aiguë à tout moment.

Je lui ai posé des tas de questions concernant les risques de l'intervention, de ce que j'allais devenir sans mon anneau.  J'ai bien insisté sur le fait que je ne voulais pas reprendre du poids et mettre ma vie en danger en redevenant obèse.

Il m'a alors parlé de la possibilité de réaliser un by pass, en prenant bien soin de m'expliquer les avantages et les inconvénients de cette opération.  Il réparerait en même temps mon clapet défectueux.  Il a également fait des dessins décrivant l'intervention du by pass et m'a dit qu'il fallait pour réaliser cette intervention ouvrir l'abdomen.

Il ne voulait pas que je prenne ma décision tout de suite et sans en parler à mon médecin traitant ainsi qu'à mon mari.  Il souhaitait me revoir dans une quinzaine de jours pour connaître ma décision. 

Le jour suivant, je consultais mon médecin traitant.  Il me donnait son accord et me conseillait de franchir le cap du by pass en m'expliquant que je garderais ainsi le bénéfice des kilos déjà perdus.

La date de l'intervention fut fixée au 27 juillet.  J’ai insisté pour que l’ablation de l’anneau et le by-pass se fassent en une seule intervention. Le médecin  a été d’accord pour autant qu’il n’y ait pas de complications. S'il y avait un problème, il enlèverait dans un premier temps l'anneau et le boîtier et puis, quelques semaines plus tard, il réaliserait le by pass. 


25 Juillet 2006, le grand jour est arrivé. Mon poids à l'admission est de 77, 8 kg. Levée au petit matin à 6h00 ; douche à l'Isobéthadine, un désinfectant. Arrivée au service des admissions de la clinique à 7H30, à jeun.  L'intervention est prévue dans la matinée.  Vers 8h00, on me donne les premiers comprimés pour m'emmener dans les bras de Morphée.  Vers 9h00, deux infirmières m'emmènent vers le bloc opératoire.  J'ai le temps de croiser le regard du chirurgien et de l'anesthésiste.  Je demande que l'on prenne soin de mes cervicales.  On me place la tête sur un coussin spécial.  Je plaisante encore un peu avec l'équipe chirurgicale.  On place le cathéter dans mon bras. On me met le masque sur le visage. Instantanément je sens cette désagréable bouffée de chaleur qui monte et me serre la gorge.  Ensuite, je plonge dans un sommeil profond…

Lorsque je m'éveille, l'intervention est terminée. Je suis aux soins intensifs.  J'entends toutes les machines qui font un bruit stressant. J'ai des Baxter en perfusion, une sonde urinaire et une sonde gastrique.  Cette dernière me gêne fortement.  Je ressens une gêne au niveau de la gorge qui m'empêche de déglutir correctement.  Je dors par épisodes bien que j’aimerais pouvoir rester un peu éveillée ; mais pas possible.

Mon mari est à mon chevet. Il a pris congé pour me soutenir. 

Dans les semaines qui suivent mon retour à la maison, je ressens de grands coups de pompe.  J'ai par la suite  j’ai de nombreux symptômes de dumping. Il s’agit de malaises survenant après les repas. Ils résultent de l’arrivée brutale des aliments directement dans l’intestin grêle sans passer par l’estomac qui a été court-circuité par le by-pass. Pour l’éviter il  faut veiller à  manger lentement et par petites quantités. 

On m’ôte  mes 34 agrafes le lundi 7 août 2006. Tout se passe bien. Je ne tolère pas bien les aliments trop sucrés et j'ai pris la résolution de ne plus y toucher, car je fais des dumping.

Je revis enfin !

Je peux manger de tout, même de la viande que je n'osais plus manger avec mon anneau.  Je mange des pâtes à la sauce bolognaise.

Néanmoins, mes goûts alimentaires ont changé.  Moi qui était très sucre, je ne supporte plus rien de sucré (confiture, chocolat, biscuits, gâteaux, etc....  J'ai des nausées et un mauvais goût en bouche.  J'ai constaté que je tolère mieux le sucre de canne au sucre blanc raffiné.  L'édulcorant me fait les mêmes sensations.  Le laitage me donne la diarrhée.  Je ne mets plus de lait dans mon café.

Je ne mangeais plus de fruits depuis de nombreuses années. J'en mange maintenant presque tous les jours sous toutes les formes, nature, en conserve, en compote.

Je suis régulièrement de sortie et je me rends au restaurant où je prends un apéritif sans alcool, une petite entrée, un plat de consistance.  Comme dessert, je demande un fruit nature ou un sorbet aux fruits. D’ailleurs, souvent je n'en prends pas.  Je commence à pouvoir boire de temps à autre un petit verre de vin.

Le 12 février 2007, je pèse 67 kg.  J'ai donc perdu 10kg700 depuis l'intervention.  Je mets des vêtements taille 38-40 pour le bas et 40-42 pour le haut.  Je me sens en pleine forme.  Cette intervention a été pour moi une réelle résurrection.  Je prends plaisir à sortir, à m'amuser.  Je ne crains plus d'être malade au moindre aliment ingéré.

Si vous comptez bien, je suis partie de 120 kilos en avril 2000 pour atteindre 67 kilos aujourd'hui, soit une perte totale de 53 kilos.  D'une taille 54-56, j'en suis arrivée à du 38-40.  Je me dis tous les jours, que je portais en permanence un sac de ciment sur le dos.  Que mon parcours puisse servir d'exemple à des personnes qui ont des problèmes de poids et qui pensent ne jamais pouvoir s’en sortir.

Il m'arrive certains jours de craquer et d’ingurgiter des chips, des cacahuètes ou tout autre met hypercalorique, mais je me ressaisis dans les jours qui suivent pour ne pas retomber dans les travers d'autrefois.  Mon image négative d'avant la pose de l'anneau est bien ancrée dans la mémoire et la photo précédant l'intervention est continuellement dans mon agenda.  C'est mon rappel à l'ordre.

Ce qui importe, c'est de trouver le bon équilibre sur le plan alimentaire et d'être bien tant moralement que physiquement.

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